Reporting Africa : un bilan positif

Jeudi 14 mars 2018, Lydec a organisé la troisième édition de Reporting Africa, avec pour thème, cette année, « L’Afrique au diapason de la durabilité ». Organisée par Les Leaders Reporting, cette nouvelle édition a permis d’asseoir le cadre institutionnel marocain en faveur de la Responsabilité Sociétale et Environnementale, à travers la participation effective du Conseil Economique, Social et Environnemental (CESE), de l’Autorité Marocaine des Marchés des Capitaux (AMMC) ou encore du Réseau Maroc du Pacte Mondial des Nations Unies.
Une rencontre qui a également réuni autour de la même table des acteurs nationaux et internationaux majeurs du secteur privé, représenté par sept entreprises marocaines « sociétalement » responsables, ainsi que deux entreprises ivoiriennes engagées dans le développement durable, SCB Agrobusiness et la SIFCA. Tenue en trois temps à travers trois panels, la rencontre a permis d’enrichir les réflexions autour de ce thème crucial pour l’Afrique grâce aux échanges fructueux entre les participants, tous venus partager leurs retours d’expériences et leurs perspectives pour l’avenir du développement durable au niveau continental. Détails.

« La démarche RSE au sein de la stratégie de l’entreprise »
Le Discours d’ouverture de Abdellah Talib, place la démarche RSE au cœur de la stratégie de l’entreprise. « A Lydec nous avons structuré, renforcé, consolidé et intégré notre démarche RSE au sein de la stratégie de l’entreprise. Tout d’abord et en termes d’exemplarité, en érigeant en 2013 la RSE comme un enjeu majeur de notre projet de transformation Synergies 2020, en la déclinant en un plan d’action de développement durable à l’horizon 2020 autour de quatre engagements et 20 objectifs. Ensuite et en termes de redevabilité, en publiant en décembre 2017 notre premier rapport de contribution social, sociétal et environnemental, réalisé selon les lignes directrices des deux principaux référentiels en matière de reporting extra-financier et structuré sur la base des attentes de nos parties prenantes retranscrites dans une matrice de matérialité, laquelle a été réalisée en 2016. Enfin et en termes d’innovation, en définissant une nouvelle feuille de route de développement durable à l’horizon 2030 qui sera présentée dans quelques semaines, et c’est une petite annonce que je vous fais de ce qui se veut une contribution aux enjeux nationaux et internationaux et qui s’intègre aux visions de notre territoire d’ancrage le Grand Casablanca. Aujourd’hui, nous souhaitons aller plus loin en contribuant à la mobilisation autour de cette création collective qu’est le développement durable. », a-t-il affirmé.

« Vers une transition économique sociale du Maroc »

Le premier panel, présenté à l’assemblée durant la matinée, avait ainsi pour vocation d’ « installer » l’événement à travers les interventions des partenaires institutionnels, à savoir le Conseil Economique, Social et Environnemental (CESE), l’Autorité Marocaine des Marchés des Capitaux (AMMC) et le Réseau Maroc du Pacte Mondial, une nouvelle instance qui est une initiative des Nations unies visant à inciter les entreprises à adopter une attitude socialement responsable. Respectivement représentés par Abdellah Mouttaqi, ex-Président de la Commission Environnement et Développement Durable du CESE, Bouchra Falaki, Chef du service Contrôle de l’information à l’AMMC et Ayman Cherkaoui, Directeur Exécutif du Réseau Maroc du Pacte Mondial.
Tour à tour, ces trois régulateurs ont présenté l’état des lieux de la RSE au Maroc, sa réglementation ainsi que leurs visions, chacun dans son domaine, des enjeux et des résultats de la durabilité dans un pays en pleine transition et particulièrement ancré dans son continent.

Le CESE : « La RSE doit être l’affaire de tous ! »
Interrogé par Hassan Bouchachia, organisateur de l’événement et membre de GRI DATA PARTNER, Abdellah Mouttaqui a exposé les résultats d’une étude publiée il y a un an de cela par le CESE sur la Responsabilité Sociétale des organisations. Une étude qui fait ressortir deux grandes recommandations majeures : la mise en place d’un forum de débat multi-parties prenantes en matière de développement durable et le reporting extra-financier orienté vers les entreprises publiques et celles cotées en bourse. Bâtie autour de trois socles principaux, « cette réflexion, comme le synthétise M. Mouttaqui, repose sur le respect de la loi, des conventions internationales ratifiées par le Maroc (notamment celles émanant du Protocole de Rio), de la charte des Nations Unies et de la constitution marocaine. Le second axe relève de l’importance de l’implication des parties prenantes, ce qui nous a poussé à élargir le périmètre à l’échelle du modèle rural et, enfin, le troisième, qui n’est autre que l’intégration de notre chaîne de valeurs ». Et d’ajouter : « La Responsabilité Sociétale est une affaire publique. Les pays qui ont réussi cette démarche l’ont placée à un niveau très haut. Il n’y a qu’à voir l’exemple de la Norvège, de l’Espagne ou encore de l’Allemagne. La Responsabilité Sociétale ne devrait pas rester uniquement du seul ressort de l’entreprise parce que cette dernière sera amenée à être confrontée à des problèmes qu’elle ne pourra pas résoudre toute seule. De là en découlait un certain nombre de recommandations ». Le représentant de ce conseil consultatif a ainsi relaté le rôle de l’état en tant que promoteur de la notion de « Responsabilité Sociétale » grâce à l’arsenal juridique qui milite en faveur de cette intégration. Abdellah Mouttaqi a également pointé du doigt le secteur minier et les PME auxquelles il souhaite étendre ce référentiel, sans oublier de citer les syndicats et la société civile qui, selon lui, « devraient faire des efforts dans la formation et la sensibilisation de leurs parties prenantes quant à la responsabilité sociétale ». Car, « dans le cadre de la régionalisation avancée, les élus doivent jouer un rôle capital dans la mise en place des développements régionaux. Et comme mécanisme, nous avons proposé la mise en place d’un forum de débat sur la responsabilité sociétale », a conclu le représentant du CESE.

L’AMMC : « Désormais, la divulgation ne se fera plus que sur le plan financier »

La parole a ensuite été cédée à Bouchra Falaki, représentante de l’AMMC qui a apporté aux participation un éclairage sur les nouvelles obligations de divulgation auxquelles seront assujetties les sociétés qui font appel public à l’épargne. « Nous avons mis en consultation un projet de circulaire qui comprend de nouvelles dispositions en ce sens, dont un rapport ESG (Environnementaux Sociaux et de Gouvernance). C’est un besoin qui émane du marché lui-même. Les investisseurs ne se contentent plus des performances financières mais s’intéressent également à l’impact éthique et moral de la société avant de faire leur choix », explique la représentante de l’AMMC. Avec l’adoption de la loi 44-12, le législateur a ainsi doté l’Autorité des moyens de décision du contenu des publications. « Ce sont autant de réponses à l’engagement pris par notre pays lors de la COP22 afin d’aligner le secteur financier (Groupement Professionnel des Banques du Maroc Bourse, régulateurs) aux enjeux du développement durable. Ajoutez à cela l’adhésion de la Bourse de Casablanca à la Sustainable Stock Exchange des Nations Unies qui comprend 56 bourses mondiales. Cette organisation a pour dessein de renforcer la transparence en matière d’environnement, de social et de gouvernance », s’est épanchée Bouchra Falaki.


Pacte Mondial Réseau Maroc : 7 entreprises déjà impliquées

« Sa présence en elle-même incarne une nouveauté puisqu’il représente une institution qui vient de voir le jour : le Réseau Maroc du Pacte Mondial des Nations Unies ». En introduisant ainsi Ayman Cherkaoui, le Directeur exécutif de Réseau Maroc, Hassan Bouchachia a rappelé à l’assistance tout l’intérêt de l’organisation de cette conférence par Lydec et l’éclectisme des intervenants de cette édition.
Créé à l’initiative du Secrétaire Général des Nations Unies Koffi Anane, le Pacte Mondial des Nations Unies date de 2000. En lançant son Réseau Maroc, notre pays se joint ainsi aux 77 pays adhérents à cette institution. « Je suis heureux de compter sept entreprises marocaines dans notre Réseau, engagées sur des principes liés aux droits de l’homme, à l’environnement, à la lutte contre la corruption et aux normes internationales du travail », commente le représentant de Réseau Maroc. Et d’expliquer : « Tous les volets de l’entreprise sont concernés par l’intégration de ces enjeux de la durabilité. Aussi, faut-il reporter et communiquer sur le sujet. Et c’est ce qui nous réunit aujourd’hui. Les 17 ODD (Objectifs de Développement Durable, ndlr) établis par le Pacte des Nations Unies définissent les priorités et fixent les objectifs dans le dessein de l’intégration de ces impératifs dans l’entreprise. Ces ODD sont aujourd’hui une référence pour le reporting », a conclu Ayman Cherkaoui.

« Wake-up Call : La parole aux entreprises ‘‘sociétalement’’ responsables »

« Dans deux, trois ans, voire même cinq ans, les entreprises qui ne se seront pas alignées sur les questions sociétales n’existeront plus parce qu’elles auront fait face à des scandales, elles auront été rejetées par leurs parties, leur autorité des marchés des capitaux. Donc, elles ne seront plus en condition de travailler. Aujourd’hui, la pérennisation du modèle économique de l’entreprise repose avant tout l’approche de sa contribution sociétale. Une entreprise engagée en matière de RSE, son retour sur investissement est de 7 à 10%.
Aussi, l’indice boursier extra-financier Dow Jones, en collaboration avec Standard & Poors, a lancé un indice appelant à des créations de valeur de long terme en choisissant les Entreprises les plus éthiques au monde. Le rendement de cet indice boursier est de 18% par an. C’est dire que la RSE contribue au progrès dans tous les sens », introduit Dolorès Larroque de GRI DATA avant d’appeler les représentants de Managem, de BMCE Bank Of Africa, l’ONCF et Lydec, entreprises ayant adhéré au Réseau Maroc, à en témoigner.

Managem, des perspectives d’un secteur sensible

Abdellatif Kassimi, Directeur RSE et RH à l’International
« Nous travaillons dans le secteur de l’exploitation des ressources naturelles pour en créer des valeurs, lesquelles valeurs devraient être partagées avec toutes les parties prenantes. Souvent, les acteurs locaux, communautaires, sont un axe incontournable dans de notre activité. Qualifiée comme ayant un fort impact environnemental, qui consomme l’eau entre autres ressources, notre activité exige de développer un processus et des démarches qui permettraient d’abord de limiter cet impact, d’agir tout au long du processus dans le sens d’une cohérence avec l’engagement sociétal. Notre activité, depuis la 1re phase d’exploration et de recherche de gisements, exige que l’on se projette dans la réalité du projet, ce qui nous ramène à une concertation et un contact avec tous les acteurs et ce, dès la première phase. »

BMCE Bank, de la promotion de l’égalité des genres
Mehdi Guedira, Responsable RSE BMCE BANK OF AFRICA« Notre stratégie RSE s’étend aussi à la promotion de l’égalité des genres en créant des lignes de financement dédiées accompagnant les femmes entrepreneures dans la création de leurs PME, un accompagnement qui leur offre des formations dans une multitude de domaines dépendamment de leurs besoins (comptabilité, marketing… exportation). Notre institution peut aussi se targuer de récompenser chaque année les entrepreneurs sociaux pour des projets en Afrique via l’African Entreneurship Award. Par ailleurs, BANK OF AFRICA, filiale de BMCE BANK est en train de déployer les outils de la stratégie RSE dans plus de 20 pays d’Afrique où nous nous sommes implantés. Nous sommes également en contact permanent avec des acteurs financiers internationaux afin d’améliorer les indicateurs qui permettent d’identifier les ODD. Nous appliquons le principe de l’équateur à tous les projets de plus de 10 millions de dirhams et nous sommes en train d’étendre cela à des montants plus bas. On utilise un référentiel de reporting qui s’appelle le GRI. En ce moment il y a un travail entre le GRI et le Global Compact qui permet d’améliorer les indicateurs qui permettent d’identifier les ODD. On participe aux discussions d’un groupe mondial… »

ONCF, des consultations très étendues
Nawar Dridat, Responsable Qualité et Environnement« En 2015, nous avons commencé un premier round de consultations des parties prenantes en interne, puis nous avons entièrement repensé le dialogue envers plus de 4000 parties prenantes par des consultations aussi bien en interne qu’en externe. Parmi les enjeux identifiés, nous en avons défini 4 qui constituent depuis, le socle de notre stratégie RSE et notre feuille de durabilité. Il s’agit vraiment d’un outil de consens entre les impératifs internes et les impératifs externes mais aussi un alignement avec la stratégie business du groupe ONCF.
Le premier panel institutionnel était très intéressant pour nous, pour savoir où on en est du point de vue institutionnel marocain et aussi en matière de partage avec d’autres entreprises puisqu’on opère dans le même écosystème. Nous avons des impératifs assez semblables. Nous avons profité du témoignage des uns et des autres. »

Lydec, pionnier en reporting extra-financier
Caroline Orjebin, Chef de Département Développement Durable :
« Nous avons souhaité nous associer à cette 3ème édition de Reporting Africa étant donné que cela correspondait à une phase de maturité de Lydec en termes de reporting avec la publication de notre premier rapport RSE et sachant qu’il y a aujourd’hui un contexte qui est particulièrement porteur sur ces questions de reporting extra-financiers au Maroc comme on l’a vu avec le premier panel. Il y a toute une réflexion pour notamment la publication de reporting extra-financier des entreprises cotées à la bourse de Casa qui est aujourd’hui en cours de préparation.
Dans le cadre de cette conférence, nous avons souhaité aujourd’hui partager avec les différents régulateurs, entreprises présentes quel était l’état du reporting extra-financier au Maroc mais aussi dans un pays africain qui est aujourd’hui un peu au point sur cette question, qui est la Côte d’Ivoire, et de pouvoir réfléchir ensemble sur les modalités qu’on pourrait avoir pour aller encore plus loin dans ces démarches RSE et c’est ce que j’ai tenté de présenter dans le 2ème panel, en mettant en avant l’évolution de la démarche RSE de Lydec et comment est-ce que notre démarche apporte une contribution au développement durable du Grand Casablanca et des parties prenantes qui le composent. »

« La Côte d’Ivoire à l’honneur »
La Côte d’Ivoire est l’un des pays les plus dynamiques d’Afrique. En 2015, la première édition des Assises Ivoiriennes du Développement Durable dans le Secteur Privé a retenu des résolutions et marqué l’engagement de l’État et du secteur privé pour l’adoption des démarches RSE. Des entreprises pionnières en développement durable ont adopté des pratiques RSE et le reporting est désormais inscrit dans leurs agendas respectifs. Les représentants de deux sociétés ivoiriennes pionnières en développement durable, Aazito Energie, spécialisée en renouvellement d’énergie, et S.C.B. Agrobusiness, spécialisée en agroalimentaire, ont pu exposer l’évolution de leurs activités grâce à leur éthique et à l’égard témoigné à leurs parties prenantes. En ce qui concerne S.C.B Agrobusiness, Koffi Konan, Responsable département RSE, a mis en exergue un environnement social pratiquement féminin puisque l’entreprise œuvre dans le domaine de la production des céréales destinées à la préparation d’un plat traditionnel ivoirien, l’Attiéké Koffi Konan a insisté sur le respect des normes de travail permettant l’épanouissement et, par là même, la motivation de ses collaboratrices, lesquels ont permis l’agrandissement de l’entreprise et l’exportation de ses produits à l’étranger en quelques années à peine.

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